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Reportage à l’acte IV du mouvement des gilets jaunes, à Paris

Reportage à l’acte IV du mouvement des gilets jaunes, à




De nombreux appels circulaient sur Facebook : samedi 8 décembre avait lieu partout en France “l’acte IV” du mouvement des gilets jaunes, parti initialement d’une dénonciation de la hausse des taxes sur le carburant, puis s’étant muté plus généralement en rejet virulent de la politique d’Emmanuel Macron. Pour l’occasion, 89 000 gendarmes et policiers étaient mobilisés, dont 8 000 rien qu’à Paris. Trente-six stations de métro parisiennes étaient également fermées, tandis qu’une douzaine de véhicules blindés de la gendarmerie, déjà utilisés sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, ont été déployés dans la ville.
Le but du gouvernement : empêcher le retour d’un climat insurrectionnel dans la capitale, comme cela avait été le cas lors de la manifestation du samedi 1er décembre, journée où 263 personnes avaient été blessées, dont 23 parmi les forces de l’ordre, et où de nombreuses dégradations avaient été commises. A 16 heures, samedi 8 décembre, une source policière citée par l’AFP évoque près de 1000 interpellations dans toute la France, dont 720 gardes à vue, pour 31 000 manifestants (651 personnes interpellées à Paris, dont 536 gardes à vue, pour 8000 manifestants, et 55 blessées, dont trois parmi les forces de l’ordre). Parmi les personnes mobilisées pour la manif parisienne, un cortège, composé de cheminots, du Comité Adama ou encore d’étudiants s’était donné rendez-vous à 10 heures, devant la Gare Saint-Lazare. Lequel est parti dans le calme – et en fanfare –, avant d’être bloqué par les forces de l’ordre un peu partout où les manifestants tentaient d’aller, dispersés par des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Des dégradations ont eu lieu, notamment au niveau du Boulevard Haussmann et ailleurs dans la capitale, où des heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté.
Quelques photos de la journée #8Decembre pic.twitter.com/I8g4x82MYj— Lucas Burel (@L_heguiaphal) December 8, 2018

“Rien ne pourra se faire sous Macron”
Au départ de la manif, devant la gare, on croise l’écrivain Edouard Louis, venu aux côtés du Comité Adama. “C’est urgent d’être ici, et de signifier comment un sens, un langage de gauche, s’est imposé dans ce mouvement, qui avait à la base une signification politique vague.” Celui qui a récemment publié un texte à ce propos dans Les Inrocks estime qu’il y a une “forme de continuité entre ce qui se passe actuellement et les révoltes de 2005, qui étaient aussi un mouvement populaire. Avec le Comité Adama, les cheminots, les étudiants, le comité de libération et d’autonomie Queer, qui sont présents aujourd’hui, il y a une reconfiguration de ce que le mouvement social veut dire. C’est très important”.
Edouard Louis et Assa Traoré 🔥🔥🔥#GiletsJaunesParis pic.twitter.com/VxX7bZq6ip— Geoffroy de Lagasnerie (@gdelagasnerie) December 8, 2018

L’auteur de Qui a tué mon père (Ed. Seuil) argue que “la violence d’Etat macroniste s’articule à la violence policière” et raconte comment la vidéo de l’interpellation de plus de 150 lycéens devant un lycée de Mantes-La-Jolie (Yvelines) l’a “bouleversé” : “De part leur proportion, ces images ont un impact fort. Mais elles sont en fait le révélateur de ce que vivent tous les jours les Noirs et les Arabes dans les quartiers populaires.” Il n’attend rien du président de la République : “Rien ne pourra se faire sous Macron. En fait, nous sommes à un moment politique : c’est soit Macron, soit les gilets jaunes.”
“Le monde est un désastre à tous les niveaux”
On aperçoit ensuite le philosophe et économiste Frédéric Lordon, le militant associatif Almamy Kanouté du Comité Adama ou encore le secrétaire départemental SUD Poste 92 Gaël Quirante, qui défile derrière la banderole du Front social. D’autres pancartes ou slogans portent plusieurs messages : “Macron démission”, “Stop à la répression des lycéens”, “Taxez les pétroliers, pas les ouvriers et les étrangers”, “Nos vies pas les profits” – mention spéciale pour “On n’aime pas Casta(g)ner”.
Sire
On en a gros #8Decembre pic.twitter.com/ViD2xGcT7k— Mathilde Larrere (@LarrereMathilde) December 8, 2018

Portant à bout de bras une banderole “Transition écologique et justice sociale ou grève totale”, un jeune homme nous explique sa présence aujourd’hui : “Le monde est un désastre à tous les niveaux : social, écologique, économique. Le chômage est en hausse, il y a une casse des services publics, les conditions de travail se dégradent et il y a une perte de sens : on travaille pour détruire la planète et nourrir le capitalisme.” Venu de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, il attend que “Macron dégage, mais pas pour être remplacé par un autre. La refonte des institutions serait déjà un bon début”. Celui qui estime qu’il est “important de construire un rapport de force avec le gouvernement pour lui faire peur, mais ce de façon pas trop dure afin de rester connecté à un mouvement large” reviendra manifester samedi prochain : “On ne va pas s’arrêter là. D’ailleurs, ce n’est pas une manifestation : on est en guerre sociale.” Avant cela, il ira également à la manif pour le climat ayant lieu ce même 8 décembre.
“La colère ne partira pas”
Le cortège se retrouve vite bloqué, la quasi totalité des rues environnantes étant bloquées par les forces de l’ordre. “On nous empêche de manifester”, dit Anne-Sophie, enseignante de 50 ans à Vitry-sur-Seine. Encartée au NPA et syndiquée au SNES, et donc habituée des manifs, elle assure “n’avoir jamais vu un dispositif policier pareil, même en 1986 [mobilisations contre la loi Devaquet, ndlr] ou en 1995 [mobilisations contre le plan Juppé, ndlr]”. Mais, selon elle, “le gouvernement ne ferait pas cela s’il n’avait pas peur”.
A la base “réticente, comme beaucoup de gens de gauche” à l’égard des gilets jaunes, elle est finalement venue manifester le 24 novembre et le 1er décembre, quand le mouvement “s’est élargi” : “Je suis pour l’augmentation du pouvoir d’achat, pour le rétablissement de l’ISF, je m’oppose à la réforme du lycée… Je suis aussi contre la Ve République, qui est selon moi anti-démocratique.” Celle qui enseigne l’histoire évoque la “remise en cause de tous nos droits sociaux” et comment “les gens s’en rendent compte”. Selon elle, “les possibles débouchés de ce mouvement restent flous… Mais c’est un moment historique, intéressant. La colère ne partira pas”. En effet, les manifestants continuent à crier leurs griefs Boulevard Haussmann. Mais sont pour la plupart repoussés à coups de gazs lacrymogènes et de canons à eau vers Strasbourg Saint-Denis, avant de bifurquer vers le Boulevard Sébastopol. Ils se dirigent alors vers Châtelet, rue de Rivoli, où les attendent des camions de CRS. D’après un journaliste de Street Press, d’autres manifestants du cortège s’étaient peu avant dispersés en direction du Louvre.



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Publish date : 2018-12-08 18:13:54

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Taxe sur les GAFA : "Ce n’est pas seulement une question de fiscalité, c’est notre modèle de société qui est en jeu"

Taxe sur les GAFA : "Ce n’est pas seulement une




Alors que les gilets jaunes battent le pavé et réclament plus de justice fiscale, le signe aurait été le bienvenu. Loupé. Le projet de taxe européenne sur les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), et plus largement sur les “services numériques” dont le chiffre d’affaire mondial dépasse 750 millions d’euros (et 50 millions en Europe), a été repoussé aux calendes grecques ce mardi 4 décembre. Et son avenir semble largement hypothéqué. “C’est d’une infinie tristesse, déplore Bernard Benhamou, secrétaire général de l’Institut de la souveraineté numérique (ISN) et ancien diplomate. On avait de nombreuses déclarations qui allaient toutes dans le même sens, l’apparence d’une volonté commune, mais tout cela s’est écrasé sur la faiblesse structurelle de l’Union Européenne. Le fait de ne pas avoir de majorité qualifiée, mais un nécessaire vote à l’unanimité pour les décisions importantes nous empêche d’avancer. Il nous faut absolument faire évoluer ces règles. Pour le moment, on est contraint par le moins disant”.
Selon une estimation de la Commission européenne, les GAFA ne seraient imposés qu’à hauteur de 8,5 % à 10,1 % de leurs profits dans l’Union européenne contre une fourchette de 20,9 % et 23,2 % pour les autres entreprises, dites “classiques”. A titre d’exemple, pour l’année 2017, Amazon aurait ainsi généré 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires en Europe pour un impôt quasi nul.
Allemagne, Irlande, Suède, Luxembourg : tout le monde a joué “perso”
Il faut dire que les divergences de points de vue ont été nombreuses concernant ce projet de taxe sur les entreprises numériques. L’Allemagne s’y est fermement opposé, craignant des mesures de rétorsion américaines contre son industrie automobile. “Les Allemands sont tétanisés par tout ce qui peut menacer leur appareil industriel”, confirme Bernard Benhamou. L’Irlande n’a pas plus soutenu le projet, elle qui abrite de nombreux sièges sociaux de grandes entreprises de la Silicon Valley, à commencer par ceux de Facebook et Apple. La Suède, elle, s’est inquiétée pour Spotify, son fleuron du streaming musical. D’autres pays, comme le Luxembourg, sont eux bien connus pour être des paradis fiscaux. “L’échec de cette taxe sur les GAFAM c’est une confirmation de la grande difficulté de l’Union Européenne à s’accorder sur une vision commune, pointe Nikos Smyrnaios, chercheur à l’université Toulouse III et auteur de Les GAFAM contre l’internet. De nombreux pays ont clairement joué la carte de leurs intérêts particuliers”.
Les Etats-Unis n’ont pas été en reste et ont également pesé de tout leur poids pour qu’une telle taxe n’aboutisse pas. De nombreuses sources diplomatiques attestent ainsi de “pressions directes de l’administration américaine”. “N’oublions pas que l’ambassadeur américain en Allemagne a clairement déclaré que son job était de faire monter l’ensemble des droites dures et eurosceptiques en Europe, complète Bernard Benhamou. On se retrouve dans une situation inédite où les trois grandes puissances mondiales, Etats-Unis, Chine et Russie, se retrouvent quant à l’idée de nuire à l’Europe. Ils ont un intérêt commun à la destruction de l’UE ou du moins, à son affaiblissement”.
Un accord à minima pour sauver les apparences
Après d’âpres discussions, Paris et Berlin se sont tout de même entendus sur l’idée d’une taxe revue à la baisse. En forme de peau de chagrin, c’est le moins que l’on puisse dire. Son assiette serait ainsi réduite de 5 à 3% et se limiterait au chiffre d’affaire lié à la publicité en ligne. Cette taxe ne concernerait par ailleurs que les seuls Google et Facebook. Comme le souligne très justement Le Monde, “la taxe ne devrait rapporter que 1,3 milliard d’euros au lieu des 5 milliards escomptés au départ. C’est-à-dire que le coût de la collecte de l’impôt risque d’être supérieur à ses propres recettes”. Enfin, et ce n’est pas un détail, cette taxe n’interviendrait qu’à l’horizon 2021.
Malgré ces concessions et cet accord à minima entre Paris et Berlin, rien ne garantit qu’une telle taxe soit approuvée par tous les membres de l’Union Européenne. “Je ne lâcherai rien, a toutefois assuré Bruno Le Maire. L’argent, il est chez les géants du numérique, qui font des profits considérables grâce aux consommateurs français, et qui payent 14 points d’imposition en moins que les autres entreprises, que les PME, que les TPE”. Le Ministre de l’Économie et des Finances “se donne jusqu’au mois de mars pour qu’on obtienne une taxation européenne des géants du numérique”. Au-delà de cette date, il envisage une taxe à l’échelle nationale. Une idée qui pourrait s’avérer difficilement applicable. “C’est loin d’être évident, confirme Bernard Benhamou. De nombreux recours contentieux peuvent exister auprès des institutions européennes. Certains pourront y voir une entorse aux règles européennes de la concurrence. Dans tous les cas, ce sera très compliqué”. Un constat partagé par Nikos Smyrnaios. “Si on taxe à l’échelle nationale, on aura toujours peur que les entreprises partent s’installer ailleurs”, ajoute-t-il. 
L’UE, “une animal sans dents”
Au-delà de l’échec patent de cette taxe GAFA pourtant annoncée depuis des mois, c’est une nouvelle fois l’impuissance de l’Union Européenne qui semble éclatante. “Les GAFA sont aujourd’hui des sociétés qui interviennent tous secteurs confondus, ce ne sont plus seulement des sociétés technologiques, tient à souligner Bernard Benhamou. Si on n’est pas capable de montrer les dents face à ces entreprises, ce n’est pas seulement une question de fiscalité et d’économie qui se pose, c’est de notre système démocratique dont il est question. De la défense de notre modèle social, de la préservation de l’ensemble de notre tissu industriel. Vous savez ce que disent les diplomates américains au sujet de l’Union Européenne ? Ils disent qu’on a créé un animal sans dents. Un animal qui n’a pas les moyens d’être tranchant, qui ne sait pas mordre. Il faut impérativement créer un rapport de force avec ces entreprises. Et cela passe nécessairement par la constitution d’un axe franco-allemand fort. D’une vision commune”. Nul doute que pour y parvenir, la route reste longue. 



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Publish date : 2018-12-08 11:06:01

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Pourquoi les "gilets jaunes" entretiennent un rapport d’amour-haine à la télévision

Pourquoi les "gilets jaunes" entretiennent un rapport d’amour-haine à la




Le vendredi 30 novembre dernier, à la veille de l’acte 3 du mouvement des gilets jaunes, le Premier ministre Édouard Philippe recevait deux de ses représentants. Pourtant, quelques minutes plus tard seulement, l’un des deux, Jason Herbert, quittait cette rencontre, regrettant qu’elles ne puissent être filmée et diffusée en direct à la télévision. Trois jours plus tard, les différents chefs de partis politique étaient reçus à Matignon. Adepte des coups de buzz, le chef de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, imitait ce vœu, refusé une nouvelle fois, avant de décider de partir de la réunion. Ces deux exemples disent toutefois bien le désir de transparence, que l’on retrouve régulièrement. Dans le cas des gilets jaunes, cette volonté s’explique d’autant plus par l’aspect composite d’un mouvement, qui refuse tout véritable représentants légitimes depuis quatre semaines.

La télévision toujours légitime
L’idée d’une retransmission en direct de mouvements démocratiques s’est largement développée ces dernières années, notamment grâce aux nouvelles technologies et à internet qui permettent à tous de produire des contenus et de les diffuser instantanément, sans médiation. Si le mouvement des gilets jaunes est né sur Facebook, notons cependant qu’il reste très attaché à la télévision comme vecteur démocratique, à l’inverse de Nuit debout, beaucoup plus connecté, qui utilisait l’application de retransmission simultanée Periscope. Selon l’universitaire en information et communication François Jost, la télévision est privilégiée car “elle reste le média le plus suivi et jugé le plus légitime”. Il pointe par ailleurs le paradoxe à l’œuvre :
“Les gilets jaunes critiquent la télévision représentant l’élite parisienne, avec ses experts et ses animateurs qui continuent à commenter ce mouvement, tout en cherchant à l’utiliser pour se faire connaître. Des membres des gilets jaunes commencent à leur tour à apparaître sur tous les plateaux de télévision, comme Jean-François Bernaba, et sont dès lors en voie de starification”
Une représentation impossible
La présence des gilets jaunes dans les médias ne se fait pas sans problème. Ainsi, certaines personnes sont invitées sans que le moindre renseignement soit visiblement pris sur leur parcours et leur positionnement politique. C’est notamment le cas de Christophe Chalençon, que l’on a retrouvé sur plusieurs plateaux. Il a réclamé lundi 3 décembre sur Europe 1 la démission du gouvernement et la nomination du général de Villiers au poste de premier ministre, avant que le Canard Enchainé ne révèle son passé extrémiste. De même pour Jean-François Bernaba, qui s’est avéré être un fonctionnaire sans mission depuis 10 ans et touchant 2 600 euros net par mois. Cette question de la représentativité, médiatique avant d’être politique, demeure particulièrement complexe pour ce mouvement, et laisse un grand pouvoir aux médias analyse le chercheur en sciences politiques à l’IEP de Rennes Erik Neveu :
“Les gilets jaunes ont choisi sur beaucoup de sites de refuser de désigner des représentants, ils manifestent au minimum une répugnance à la délégation. Cela donne aux télévisions une forme de pouvoir d’adouber. Inviter un gilet jaune c’est en quelque sorte lui accorder une présomption de représentativité, le transformer, tantôt malgré lui, tantôt en répondant à un désir de visibilité et de se faire mousser, en porte-parole d’un collectif. Cela crée bien des problèmes de porte à faux pour certains porte-paroles, de représailles verbales ou plus directes pour tel qui aurait usurpé d’une prétention à représenter”.
Un succès d’audience
La couverture médiatique de ce mouvement a largement évolué en quatre semaines, avec un point de bascule le 24 novembre lors du deuxième acte et premier rassemblement sur les Champs Elysées. Comme si son rapprochement des rédactions parisiennes avait permis à celles-ci de prendre davantage conscience de ce qu’il était en train de se passer. Pour François Jost, “les excellentes audiences expliquent également le choix opéré par des chaînes comme BFMTV, qui les mesurent en direct, d’étirer au maximum cette couverture.” Il ajoute avoir observé que de “nombreux journalistes de télévision regrettent de ne pas avoir davantage donné la parole ces dernières années à ces gens qui constituent les gilets jaunes et essayent de se racheter.” Néanmoins, il semble y avoir une véritable méfiance des personnes qui forment ce mouvement envers les médias, comme à l’égard des politiques, qui les ont trop longtemps tenus à l’écart. Les suspicions de mépris exercées par certains journalistes sont nombreuses comme l’a montré l’échange entre l’ancien syndicaliste Xavier Mathieu et l’animatrice Ruth Elkrief sur le plateau de BFMTV le 5 décembre.

⚡️ Clash entre Xavier Mathieu et Ruth Elkrief pendant le débat #SortirDelaCrise sur #BFMTV. #GiletsJaunes pic.twitter.com/HsZEFKCFKw
— Christopher Nunès (@NunesChr) 5 décembre 2018
Un souci de transparence
Toutefois, la télévision, comme les autres médias dits traditionnels, reste un vecteur utile de communication, où il faut être présent, comme nous le dit Erik Neveu : “L’image médiatique d’un mouvement social est toujours importante en termes de crédibilité, de relais donné à des revendications.” Aussi face à un mouvement qui refuse la délégation et qui rêverait d’un fonctionnement horizontal, la télévision a été convoqué pour retransmettre les discussions qui se sont tenues à Matignon. Cette nécessité d’une diffusion des discussions révèle selon Erik Neveu que “sous l’œil des caméras et de tous, pas de petits arrangements entre représentants et autorités, ni de double jeu possible. Une telle diffusion aurait aussi le sens d’une reconnaissance, d’un statut d’interlocuteur respectable.” Néanmoins pour François Jost, “il s’agit surtout d’une croyance erronée de la transparence permise par la télévision. La présence des caméras change les concertations.”
Ce sera finalement sur les plateaux de télévision que continueront les échanges entre des représentants des gilets jaunes et des hommes politiques, notamment du gouvernement, dans le cadre notamment d’émissions spéciales qui se sont succédées depuis le 1er décembre. Alors même que la télévision a toujours eu beaucoup de mal à inclure dans ses émissions politiques la parole des français. “Lorsqu’elle l’a fait, ça n’a jamais vraiment bien fonctionné car il y a toujours un écart entre la vie des gens et l’agenda politique”, relève François Jost. Chose rare, les gilets jaunes ont permis un renversement médiatique de l’agenda politique en imposant le leur, que Erik Neveu détaille comme “celui des inégalités sociales, des expériences de la misère et de la précarité, du désir d’une autre organisation sociale… “. L’interrogation est maintenant de savoir ce qu’il pourra en rester.



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Publish date : 2018-12-08 11:16:54

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"La vidéo de Mantes-La-Jolie a été un électrochoc" : reportage à la manif des lycéens à Paris

"La vidéo de Mantes-La-Jolie a été un électrochoc" : reportage




Les images de leur interpellation ne cessent de susciter l’indignation depuis leur diffusion sur les réseaux sociaux : jeudi 6 décembre, devant un lycée de Mantes-La-Jolie (Yvelines), 153 lycéens se sont retrouvés à genoux, mains sur la tête ou derrière le dos, le tout sous la surveillance de policiers armés de matraques et de boucliers. Ces adolescents avaient été interpellés à la suite de violences commises en marge de blocages de deux établissements environnants – ce jour-là, c’est en tout 700 lycéens dans toute la France qui ont été concernés par des interpellations.
D’autres images de l’interpellation de dizaines de lycéens, aujourd’hui à Mantes-la-Jolie. pic.twitter.com/ghv8K91e7l— Violences Policières (@Obs_Violences) December 6, 2018

Aussi, lors de la manifestation à l’initiative de l’Union nationale des lycéens (UNL) ce vendredi 7 décembre – l’appel à se mobiliser contre la réforme du bac ou encore de l’accès à l’université, dans le sillage du mouvement des gilets jaunes, avait été lancé dès lundi 3 décembre – nombre de lycéens évoquent cette vidéo et les violences policières. “Tout le monde déteste la police”, crient en choeur plusieurs d’entre eux, réunis sur la place de la Rotonde, à Stalingrad (Paris XIXe), lieu de départ de la manif, prévue pour aller jusqu’à République. Alors que 200 lycées sont perturbés depuis le matin, plusieurs centaines d’adolescents ont fait le déplacement. Aux cris de “Macron démission”, “Macron t’es foutu, les lycéens sont dans la rue” ou encore “Macron tu fais la guerre, et ta police aussi, mais on reste déter pour bloquer le pays”, le cortège s’est mis en branle dans le calme vers 11h30.
“Nous n’avons pas à nous taire”
Parmi les manifestants, Camille, 16 ans, lycéenne à Paris en 1ère S. La jeune fille a plusieurs griefs à faire savoir : “Parcoursup, la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers… On s’était déjà mobilisés l’année dernière, mais on n’est jamais entendus. Mais nous n’avons pas à nous taire.” Concernant la réforme du lycée, qui prévoit dès la rentrée 2019 la suppression des séries de la voie générale, remplacées par des enseignements de spécialités, elle est également plus que sceptique. “Il n’y aura pas les mêmes spécialités dans tous les établissements [voir cet article à ce propos], ce qui n’est pas juste. Et, par ailleurs, choisir sa spécialité dès la seconde, celle qui déterminera les études après le bac, c’est trop tôt.” Un avis partagé par un lycéen, en classe de seconde justement, qui nous interpelle alors que l’on discute avec son copain : “C’est trop difficile de faire le choix si jeune.”
On croise ensuite un jeune homme avec un mégaphone, qui nous indique avec malice “ne pas trop être au courant de la réforme”, et nous renvoie vers un ami à lui, bien mieux informé. C’est le cas : Ulysse, 17 ans, en terminale L au lycée Voltaire, à Paris, est prolixe. “Je suis ici pour soutenir le mouvement lycéen, mais aussi pour soutenir les profs, dont 2000 postes vont être supprimés en 2019. Et puis, cette histoire de spécialités, cela va faire que l’on va avoir un bac par lycées, pas un bac national. On va vers une forme d’élitisme, à la fois traditionnelle et insupportable : par exemple, les élèves méritants de banlieue seront défavorisés par rapport aux élèves méritants du coeur de Paris. [rapport à l’inégale répartition des spécialités dans les lycées ndlr].” Concernant les images de Mantes-la-Jolie, l’adolescent évoque “une escalade de violences qui fait très peur”.
“C’est une provocation à l’égard des élèves, du mépris à l’encontre des profs”
Il n’y a pas que les lycéens pour penser ainsi : dans le cortège, des étudiants – l’une d’elle, très critique par ailleurs de la réforme de l’université, assure avoir “pleuré toute la nuit” à leur visionnage, dénonçant une “dérive hyper-fascisante du gouvernement” – des profs ou encore des membres de syndicats et des responsables politiques dénoncent ce qu’ils ont vu sur cette vidéo. Comme par exemple l’ex-Secrétaire national du Parti communiste Pierre Laurent, qui affirme être “totalement scandalisé par la réaction de Jean-Michel Blanquer” à propos de cette affaire [ce matin sur France inter, le Ministre de l’Education nationale a reconnu “des images choquantes” mais a également mis en avant le “climat de violence exceptionnelle” à l’oeuvre en ce moment, appelant à remettre cette vidéo dans son contexte, ndlr]. Le Sénateur de Paris est ainsi venu aujourd’hui “en soutien des revendications des lycéens, mais aussi, si possible, pour servir de protection pour eux, vu les interventions incroyables de la police des derniers jours”.
Adeline, professeure dans le collège Gustave Courbet de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), accompagnée de plusieurs collègues, dit la même chose : “C’est notamment à cause de la crainte que la police se laisse aller à des excès s’il n’y avait pas d’adultes à la manif que nous sommes venus.” La vidéo de Mantes-La-Jolie a été pour elle “un electrochoc” : “C’est une provocation à l’égard des élèves, du mépris à l’encontre des profs : quand on entend dans la vidéo “Voilà une classe calme”, cela sous entend qu’il faudrait nécessairement des flics pour tenir une classe !”
Celle qui arbore une pancarte “Moins de répression, plus d’éducation” se sent d’autant plus sensibilisée à la question que c’est non loin de son collège, au lycée Utrillo, à Stains, qu’un ancien gendarme a récemment été nommé proviseur adjoint à la sécurité de l’établissement, ce qui a provoqué un tollé. A l’évocation du mouvement des gilets jaunes, l’enseignante venue en soutien des lycéens se dit par ailleurs “solidaire de tous les gens se considérant malmenés par ce gouvernement”. Rue du Faubourg du Temple, un vieux monsieur applaudit au passage du cortège, tout en criant “bravo!”, tandis qu’un homme agite par sa fenêtre un gilet jaune… et est alors acclamé par les adolescents. A l’arrivée à République, plusieurs d’entre eux se mettent à genoux, mains sur la tête, pour tristement rappeler ce qui s’est passé la veille à Mantes-la-Jolie. Le défenseur des droits a, quant à lui, annoncé l’ouverture d’une enquête.



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Publish date : 2018-12-07 16:35:03

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L’arrivée de l’internet mobile à Cuba va-t-elle bouleverser le pays ?

L’arrivée de l’internet mobile à Cuba va-t-elle bouleverser le pays ?




Sur la grande place de Trinidad, à la Havane, les gens s’arrêtent pour se connecter l’espace d’un instant pendant lequel ils parviennent à se connecter au réseau wifi et grâce à lui, échanger des nouvelles et joindre leurs proches à l’étranger. Dans des scènes surréalistes, des groupes se massent silencieusement en extérieur sous la chaleur écrasante, les yeux rivés sur leurs écrans. Pour trouver une connexion, il ne faut pas seulement se déplacer dans l’un d’eux, mais aussi acheter une carte à douze chiffres qui permet d’accéder au réseau pendant une heure pour une somme équivalente à un dollar. Ce parcours du combattant vit peut-être ses derniers jours : depuis le 6 décembre, l’entreprise publique de télécommunications Etecsa a mis à disposition une connexion internet sur mobile. Ce changement questionne l’accès inédit des cubains à l’information et aux réseaux sociaux, avec tout le potentiel subversif que cela implique.
Selon un rapport annuel publié par les plateformes digitales Hootsuite et We Are Social début 2018, une personne sur deux utilise désormais internet dans le monde, et 9 personnes sur 10 consultent les réseaux sociaux sur leur smartphone. À Cuba, la situation est légèrement différente. Les évolutions technologiques y sont marginales en comparaison avec la révolution numérique qui a bouleversé ailleurs les modes de vie au tournant du XXIe siècle. L’archipel des Caraïbes reste l’un des rares territoires de la planète fermé au libéralisme et au capitalisme. Longtemps éloigné de la scène internationale et du commerce mondial, son isolement a commencé à s’ébrécher il y a tout juste une dizaine d’années. Lors d’un déplacement sur l’île en juin 2014, Eric Schmidt, alors président de Google, a observé que le web y était “coincé dans les années 1990”. En 2008, la fin de la présence de Fidel Castro au pouvoir puis la levée de l’embargo américain – tous les deux ayant duré plus de quarante ans – ont amorcé une ouverture économique inédite qui, peu à peu, modifie le quotidien des Cubains et leurs rapports avec le reste du monde. La technologie s’installe à sa manière dans ce régime où le monopole d’Etat est la norme et la liberté d’expression fortement restreinte.
Une île hors du temps
En vacances dans l’île communiste, les touristes demandent leur chemin plutôt qu’à GoogleMaps, cherchent un restaurant dans un guide imprimé plutôt que sur TripAdvisor, prennent des photos qu’ils ne partageront qu’une fois rentrés. Ils réapprennent à discuter et à vivre déconnectés le temps d’un séjour. Pour les Cubains, la situation est moins exotique. Un abonnement mensuel à internet coûte trois fois plus cher qu’en France, entre 60 et 150€ selon les périodes. En 2016, un rapport d’Amnesty International a établi le pays comme le plus déconnecté des Amériques, précisant que seulement 5% des foyers disposaient d’une connexion à internet.
La situation évolue lentement : le premier espace de wifi public a été créé en juillet 2015, et l’accès à internet est désormais possible en tous lieux sur smartphones. Pour autant, le pays est très loin d’un accès permanent et universel à internet. L’un de ses symptômes est l’existence de deux réseaux différents à Cuba : l’un, mondial, analogue à celui qui existe à l’international et un intranet national beaucoup moins cher et très contrôlé, illustrant un phénomène partagé entre discrimination économique et censure du pouvoir.
Discrimination économique
L’implantation de serveurs et les partenariats noués avec des acteurs internationaux des télécommunications (Google, Huawei) débloquent lentement l’accès à internet. L’ouverture au libéralisme économique a entraîné du même coup une augmentation des inégalités loin de garantir sa démocratisation. Jérôme Leleu, chercheur à l’EHESS sur le rôle de l’Etat et des affaires publiques à Cuba, explique que “la société cubaine est beaucoup plus hétérogène qu’auparavant, avec des inégalités économiques, sociales beaucoup plus importantes et donc des secteurs de la population qui n’ont pas forcément les mêmes intérêts”. C’est pourquoi “l’accès à internet va être demandé par les jeunes cubains urbanisés, qui travaillent dans le secteur du tourisme et reçoivent de l’argent de l’étranger”.
À l’instar des deux réseaux qui permettent de se connecter sur le web, il existe deux monnaies en circulation sur l’île, l’une équivalente au dollar et convertible, l’autre, moneda nacional, 25 fois plus faible et non convertible. Pour ceux qui travaillent dans les secteurs du tourisme ou dans des entreprises privées, la monnaie utilisée sera la première. Pour les autres, qui travaillent dans la fonction publique – c’est à dire 70% de la population -, ce sera la seconde. Les disparités sont donc fortes au fur et à mesure que l’île s’ouvre au libéralisme économique.
Depuis jeudi, les cubains peuvent se connecter sur internet pour la somme de 30 pesos convertibles mensuels. Cela équivaut au salaire mensuel moyen, et est donc beaucoup trop élevé pour la majorité d’entre eux. Ce prix s’explique par le coût élevé des investissements et des infrastructures et va être amené à baisser. Beaucoup de services sont encore subventionnés à perte, comme le téléphone fixe. Dans le cas d’internet, l’Etat chercherait à y appliquer une logique de rentabilité. “C’est au fur et à mesure que les coûts seront amortis que le prix va pouvoir diminuer”, prévoit Jérôme Leleu. L’autre difficulté majeure pour un accès libéralisé à internet est elle, bien intentionnelle, puisque le gouvernement cubain censure tous les sites et informations qui lui semblent menacer son équilibre : par exemple, le média indépendant 14ymedio, créé en 2014 par une blogueuse pour “contrebalancer le monopole des médias officiels”. Celle-ci a publié le 6 décembre sur son compte Twitter : “Bonjour depuis La Havane. Je compte les heures jusqu’à l’arrivée d’internet sur mobile… nous verrons sa qualité, car nous savons que les prix seront très élevés. Je vous dirai ce qu’il en est”.
#Cuba Buenos días desde La #Habana. Contando las horas para que llegue la internet a los móviles… vamos a ver la calidad porque ya sabemos que los precios están por las nubes. Les contaré qué tal está. https://t.co/55UDH3edC4 pic.twitter.com/1I6nMCsuyu— Yoani Sánchez (@yoanisanchez) December 6, 2018

Vers le modèle chinois ?
Malgré l’avancée progressive de la connectivité sur l’île et la démultiplication des supports, l’Etat contrôle l’accès aux informations, prive l’accès aux pages qu’il estime non conformes à la ligne politique ou subversives vis à vis du régime. C’est l’entreprise chinoise Huawei qui fournit les infrastructures et les hotspots wifi qui se développent sur l’île. Pour Jérôme Leleu, le comportement de l’Etat cubain se calque sur celui de son partenaire chinois, un modèle “dans lequel une large partie de la population, la plus urbanisée, a accès à internet avec des restrictions en termes de contenu pour éviter que les cubains n’aient accès à des informations que l’Etat cubain juge subversives ou mensongères”.
Pour autant, cette censure trouve des limites fondamentales dans l’incapacité du pouvoir à développer ses propres réseaux sociaux et services de messagerie, ce que la Chine a pu effectuer : “Contrairement au régime chinois, Cuba n’a pas les moyens de développer ses propres réseaux s’il veut satisfaire les demandes de la population”. Le potentiel viral des réseaux sociaux, auquel les cubains vont avoir de plus en plus accès, est une hypothèse plus réaliste que chez son voisin asiatique. Dans l’avenir, le développement de l’accès à internet favoriserait des moteurs de recherche et des réseaux sociaux déjà existants, et possiblement, une liberté d’expression nouvelle qui populariserait les critiques voire la contestation de la société civile. Sa lente démocratisation sur l’île caribéenne reste donc à observer au sein d’un processus à court et moyen terme.



Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/12/07/actualite/larrivee-de-linternet-mobile-cuba-va-t-elle-bouleverser-le-pays-111150246/

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Publish date : 2018-12-07 15:39:49

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Une immigrée clandestine qui fait le ménage pour Trump raconte son calvaire quotidien

Une immigrée clandestine qui fait le ménage pour Trump raconte




Victorina Morales a 45 ans. Elle est arrivée aux États-Unis en 1999 sans connaître un mot d’anglais, après avoir quitté sa campagne guatémaltèque où elle avait toujours vécu. Après être passée par la Californie, elle rejoint son mari dans le New Jersey où elle vit encore aujourd’hui. Depuis 5 ans, elle travaille comme femme de ménage au Trump National Golf Club de Bedminster, dans cet état de la côte est, grâce à de faux papiers. Elle est en charge du nettoyage au quotidien des appartements (une maison de deux étages), des vêtements, du lit, des meubles du président Donald Trump, de sa femme et de son fils Baron. Ses déclarations sur les migrants d’Amérique latine et les insultes répétées d’un surveillant concernant son statut d’immigrée et son intelligence l’ont décidée à prendre la parole.
“On sue sang et eau et nous devons en plus subir ses humiliations”
Mme Morales et Sandra Diaz – ancienne employée ayant régularisé sa situation récemment – ont contacté le New York Times à travers leur avocat, Anibal Romero, qui s’occupe de leurs dossiers migratoires. Victorina a parfaitement conscience qu’elle peut être renvoyée du club et expulsée des États-Unis en faisant ces révélations. “Nous sommes fatiguées des mauvais traitements, des insultes, de la manière dont il parle de nous alors qu’il sait que nous l’aidons à gagner de l’argent”, explique-t-elle. Sans pouvoir avancer de chiffres précis, toutes deux affirment que d’autres employés sont dans la même situation. “On sue sang et eau pour répondre à ses besoins quotidiens et nous devons en plus subir ses humiliations”, le tout pour 13 dollars de l’heure.
Comble de paradoxe, depuis que Donald Trump a été élu président, Mme Morales porte, lors des visites du magnat dans sa propriété (il y en a eu 70 depuis le début de son mandat) un pin’s aux formes du drapeau américain, surmonté d’un logo des services secrets. Celle qui s’est faite engager avec des documents contrefaits, et affirme en avoir prévenu ses supérieurs, s’est vue conférer un certificat par l’Agence de communication de la Maison Blanche. Pourtant la campagne présidentielle a marqué un durcissement de la politique interne de la Trump Organization, non que les employés en situation irrégulière aient été renvoyés, mais leurs conditions de travail se sont dégradées. Beaucoup ont vu leur temps de présence et leur salaire diminuer et plusieurs surveillants ont adopté une attitude insultante. Un manuel des employés a été distribué en janvier 2017, le respect des lois fédérales en terme d’immigration y est stipulé : “ceux dont il est avéré qu’ils ont produit de fausses informations ne seront plus éligibles à un emploi”. Il n’existe cependant aucune preuve que Donald Trump ou les cadres de l’entreprise aient eu connaissance de l’emploi d’immigrés illégaux.
“Est-ce possible que ce señor pense que nous avons des papiers ?”
À cette époque, Mme Morales a pu se procurer de nouveaux faux papiers avec la complicité d’un manager de la propriété. Celle qui, “en tant qu’immigrée de la campagne guatémaltèque”, “[n’avait] jamais imaginé […] [qu’elle verrait] d’aussi près autant de personnes si importantes”, décrit par ailleurs un Donald Trump très exigeants mais aussi bienveillant à son égard. Elle fait état de plusieurs scènes où le président lui a prodigué des compliments, des pourboires importants et l’a même aidée, en raison de sa petite taille, dans son travail. Particulièrement depuis qu’il est président, “il est très méticuleux sur tous les sujets. S’il arrive sans prévenir, tout le monde s’agite comme des fous”, mais il n’en a pas moins continué de montrer des signes de satisfaction à l’égard du travail de Mme Morales.
La Maison Blanche n’a pas souhaité faire de commentaire. La Trump Organization, propriétaire du club, a répondu au New York Times : “Nous avons des dizaines de milliers d’employés dans nos propriétés et nous pratiquons un contrôle au recrutement très stricte”. S’il devait s’avérer qu’un employé ait présenté de faux documents, il serait “immédiatement” renvoyé. Victorina Morales, face à toutes ces contradictions, avoue “[s’être] demandée, est-ce possible que ce señor pense que nous avons des papiers ? Il sait que nous ne parlons pas anglais. […] Comment pourrait-il ne pas comprendre?”



Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/12/07/actualite/une-immigree-clandestine-qui-fait-le-menage-pour-trump-raconte-son-calvaire-quotidien-111150131/

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Publish date : 2018-12-07 11:33:17

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Quand Emmanuel Macron se vantait d’être le seul à “écouter le pays”

Quand Emmanuel Macron se vantait d’être le seul à “écouter




“Je me replongerai dans le pays, pour moi aussi comprendre, en montrant que notre première démarche politique c’est d’écouter le pays.” Ces mots étaient ceux d’Emmanuel Macron, en juillet 2016. Dans un discours diffusé sur le compte YouTube d’En Marche, Emmanuel Macron annonce la fin de la grande marche lancée quelques mois plus tôt. Les militants du mouvement avaient alors fait du porte-à-porte, munis de leurs stylos et questionnaires pour prendre le pouls de la société française. Une séquence repérée par Thomas Legrand pour sa chronique du 7/9 de France Inter ce vendredi 7 décembre, et qui résonne d’autant plus aujourd’hui, face à la fronde des gilets jaunes qui secoue le pays tout entier depuis maintenant trois semaines. Ce vendredi matin, Emmanuel Macron a indiqué qu’il ne recevrait pas les “gilets jaunes” modérés qui demandaient à le rencontrer.
“Essayer de comprendre ce qui se passait dans le pays”
Face caméra, Emmanuel Macron en campagne insiste sur l’importance d’aller sur le terrain à la rencontre des Français. “Nous avons commencé la grande marche le 28 mai dernier. Et c’était une aventure unique, complètement neuve, puisque cela consistait à ce qu’un mouvement politique tout neuf, tout jeune, décide que son premier geste c’était avant tout d’aller voir les autres, d’essayer de comprendre ce qui se passait dans le pays”, déclare-t-il solennellement. “On a souvent parlé en France de faire de la politique différemment, du fait qu’il fallait écouter les gens, le pays. On l’a fait”, se félicite l’ancien ministre de l’Economie. Selon lui “100 000 conversations” et “25 000 questionnaires” ont ainsi été réalisés.
“Je me replongerai dans le pays pour moi aussi comprendre”

Le chef de file d’En Marche ajoute encore : “Je me replongerai dans le pays pour moi aussi comprendre, en montrant que notre première démarche politique c’est d’écouter le pays. Nous avons gagné le droit d’être entendus et donc de prendre la parole pour expliquer et proposer.” 
“Ecouter le pays”, affirmait donc le président en 2016. Et Thomas Legrand termine sa chronique en citant, très justement, Michel Rocard : “Le drame c’est que ce qu’il faut dire et faire pour gagner une élection présidentielle en France, n’est pas ce qu’il faut dire et faire pour gouverner la France.”



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Publish date : 2018-12-07 11:53:52

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"Notre responsabilité, c’est l’espoir" : pourquoi les sympathisants de Benoît Hamon y croient encore

"Notre responsabilité, c’est l’espoir" : pourquoi les sympathisants de Benoît




Il est 22 heures passées ce jeudi soir, rue Amelot, à Paris. Il y a deux jours, Benoît Hamon annonçait, dans une interview au Monde, sa candidature aux élections européennes à la tête d’une “alliance citoyenne”. Le meeting de lancement de sa campagne vient de s’achever. Adèle, Pascal et Louise discutent devant le Cirque d’Hiver. Adèle a entendu parler de l’événement par les réseaux sociaux et ses amis l’y ont suivi. Benoît Hamon, son discours, sa personnalité leur plaisent : “c’est le seul à ne pas être un gros taré”, avance Louise, qui travaille dans une agence de design, “il est anti-démagogique”.
Pascal est un ancien militant du Parti socialiste (PS), devenu AVS (accompagnateur de vie scolaire) dans un collège. Le militantisme ? “Plus jamais ça”. Pour l’élection européenne qui vient, il hésite entre le PS et Génération.s et regrette qu’Hamon n’ait pas clarifié sa position envers chaque mouvement de la gauche.
“Ça fait du bien d’entendre quelqu’un qui n’est pas toujours dans la négation, le contre”, estime Adèle. L’ouverture à toute la gauche, française et européenne que propose Benoît Hamon, sa vision de l’Europe et l’importance donnée à l’écologie font mouche. Ce jeudi soir, Adèle voulait avant tout “voir”, par “curiosité”, le mouvement de l’ancien candidat à la présidentielle. Elle ne pense pas adhérer comme militante, mais Génération.s a sa préférence pour les élections à venir.
Les sympathisants conquis, Hamon gonflé à bloc
Qu’ont-ils pu voir ? Un cirque d’hiver rempli et un Benoît Hamon qui a nettement affermi le ton et le fond de son discours. Des drapeaux européens, français, Génération.s, blancs ou aux couleurs du parti (rouge et vert), et LGBT, sont brandis. Des pancartes vertes ou rouges sont disposées sur les sièges. On y lit le slogan de la campagne européenne de Benoît Hamon : “Hope is back/L’espoir revient”.
La salle de quelques 1 500 places est comble. Lorsque Benoît Hamon prend la parole, le public est chauffé à blanc. Le meeting est réussi pour les organisateurs. Nicolas Braemer, à la tête de la communication du parti, opine : “c’est une bonne surprise. Quand on organise un meeting, on n’est jamais sûr du résultat”. Ancien militant socialiste, il assure sentir “une bonne dynamique”. Il voit revenir des visages de partisans qui avaient pris leur distance avec la politique après les présidentielles et qui rejoignent désormais Génération.s.
L’ancien candidat à l’élection présidentielle se montre d’emblée très offensif contre Emmanuel Macron, le “président du kérosène”, et sans le nommer, tacle Jean-Luc Mélenchon, qui voulait incarner “la plus belle des oppositions”. Pendant une heure et demi, il revendique la “radicalité des solutions”, qu’il propose, écologiques, sociales, humanistes et européennes. La thématique de l’écologie est omniprésente.
Un “renouvellement” écologique et démocratique
Dans le cirque, nous rencontrons Rémy. Il approche la soixantaine, des lunettes rondes et noires cerclent son regard. Il a longtemps été militant d’Europe Écologie Les Verts (EELV) avant de partir en 2012, avant l’élection présidentielle. Ce soir, il est venu chercher le “renouvellement” et il est persuadé qu’à gauche, Génération.s est le seul parti à pouvoir l’incarner en étant à la hauteur des défis écologiques. Il a rejoint le mouvement cet été.
Plus haut dans les gradins, Agnès assiste au premier meeting de sa vie. La cinquantenaire habite le 20e arrondissement de Paris. Elle a rejoint le mouvement alors qu’elle n’avait jamais milité. Il fallait qu’elle fasse quelque chose. Elle aime Benoît Hamon pour sa “façon de faire”, plus “intime”, loin de Jean-Luc Mélenchon qui, selon elle, “a dérapé”. Hamon “nous ressemble”, “il nous parle”, explique-t-elle, il paraît plus “proche de nous”, nous pourrions “discuter avec lui à une table et il nous parlerait normalement”.
Une personnalité aimée… et persuasive 
L’adhésion au personnage de Benoît Hamon se retrouve chez les sympathisants de tout âge. Simon, étudiant à Sciences-Po de fraîche date, veut militer mais n’est pas certains de savoir où, “avec toute la division à gauche”. Mais, après le meeting, c’est sûr : “il va finir pas s’engager pour Génération.s”, même si “aux européennes, on va en prendre plein la gueule” (Sic.). Il a suivi une amie, Lélia, qui milite activement pour le groupe Génération.s de l’école.
Tous deux sont d’accord, Benoît Hamon est honnête, ses idées leur parlent et surtout, il s’adresse véritablement aux citoyens, d’égal à égal, en appelant à leur intelligence et leur participation démocratique. Il mène un travail de fond. C’est cet aspect qui attire également Christian et son épouse, un couple parisien d’une soixantaine d’années. “La culture c’est important”, insiste-t-elle.
Question sociale et “gilets jaunes”
Pour son mari, qui vient tout juste de quitter le PS, “le problème, c’est qu’il n’a pas suffisamment montré son soutien aux gilets jaunes”. Christian était venu pour savoir où situer Benoît Hamon samedi. Déçu, à la question de savoir si lui-même serait à la marche du climat ou avec les “gilets jaunes”, sans hésitation, il répond : “les gilets jaunes”.
Benoît Hamon a été très clair aux sujets de ce mouvement dans son discours. Il “condamne” la violence mais – “et [il] assume ce mais” – il s’oppose sans équivoque à “ceux qui voudraient dissoudre le peuple parce qu’il ne leur plaît pas”. “Notre responsabilité, c’est l’espoir”, clame-t-il, à l’opposé de “ceux qui exploitent la colère”. Le candidat se réfère à la tribune d’Edouard Louis pour “mettre des mots”, sur sa position à l’égard des “gilets jaunes”.
>> Retrouver la tribune d’Édouard Louis parue dans Les Inrockuptibles ici. 
C’est ce discours social qui a persuadé Philomène, la trentaine, à rejoindre Génération.s. Elle votait NPA, en 2017, elle a choisi Benoît Hamon : “qui aurait-cru que je voterais un jour pour le PS !?!” Elle a dépassé cet obstacle parce qu’elle estime que lors de la dernière élection présidentielle, Benoît Hamon était “le seul à avoir saisi les véritables enjeux du travail du 21e siècle”.
Le trésorier du mouvement, Bastien Recher revient sur la composition du mouvement. Si “les actifs [entre 30 et 50 ans. Ndlr.]”, tendent à manquer, les jeunes d’une vingtaine d’années, et les plus vieux, en âge de s’inquiéter pour leurs petits-enfants, constituent le gros des militants. Tous trouvent des raisons d’espérer dans le mouvement de Benoît Hamon qui s’est ouvert à tous les courants d’une “gauche progressiste”. “D’autres meetings sont déjà prévus au cours de la campagne […] [qui] se fera sur le terrain, dans des petites salles”. Ce premier soir, Benoît Hamon semble avoir convaincu ses fidèles venus l’écouter.



Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/12/07/actualite/notre-responsabilite-cest-lespoir-pourquoi-les-sympathisants-de-benoit-hamon-y-croient-encore-111149983/

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Publish date : 2018-12-07 09:47:30

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La vidéo de l’interpellation de lycéens à Mantes-la-Jolie provoque l’indignation collective

La vidéo de l’interpellation de lycéens à Mantes-la-Jolie provoque l’indignation




Les images de cette vidéo sont marquantes. Plus d’une centaine d’adolescents, en rangs, les deux genoux à terre et les mains sur la tête, dans un silence de cathédrale. Autour d’eux, des policiers se tiennent debout, casqués et armés de matraques et boucliers. “Voilà une classe qui se tient sage”, entend-on de la bouche d’un homme qui semble filmer la scène. Elle s’est déroulée jeudi 6 décembre à Mantes-la-Jolie (Yvelines) à proximité des lycées Saint-Exupéry et Jean Rostand, bloqués durant la journée.
Vous êtes nombreux à nous interroger sur la véracité de ses images.

Elles ont bien été tournées aujourd’hui après des incidents près du lycée Saint-Exupéry à Mantes-la-Jolie, en région parisienne 1/2 https://t.co/UCEBJLHPQv— AFP Factuel 🔎 (@AfpFactuel) December 6, 2018

“Glaçant, inadmissible”
Diffusées le soir-même sur Twitter, ces images ont généré de multiples et vives réactions. Benoît Hamon a évoqué un épisode “glaçant, inadmissible”.  Pour le leader de Génération.s, “cela n’est pas la République. La jeunesse française humiliée. Mais que cherche le pouvoir sinon la colère en retour ?” Cécile Duflot a qualifié la scène d'”intolérable”. Eric Coquerel a dénoncé lui une “violence inacceptable et humiliante”.
Il faut dire les choses posément mais fermement : ce qui s’est passé avec les lycéens de Mantes-la-jolie – ces scènes dont il existe de nombreuses photos et vidéos – est simplement intolérable.

pic.twitter.com/mD1aFWZulz— Cécile Duflot (@CecileDuflot) December 6, 2018

C’est oú ? A Mantes-la-Jolie, en France sous #Macron. On attend la réaction de @CCastaner pour prendre aussi des mesures face à cette violence inacceptable et humiliante https://t.co/oJz6UINGhX— Eric Coquerel (@ericcoquerel) December 6, 2018

Des “feux de barricades”
Mardi 4 décembre déjà des affrontements entre policiers et jeunes de Mantes-la-Jolie avait été enregistrés. Des poubelles avaient été incendiées et des projectiles avaient été lancés sur les forces de l’ordre, qui ont répliqué par l’envoi de grenades lacrymogènes. Le lendemain, des “feux de barricades” ont été relevés suivis de “jets de pierres et de cailloux sur les policiers”, raconte un témoin de la scène.
D’après Le Monde, “un petit groupe” de contestataires “s’est introduit dans les habitations alentours pour y dérober une dizaine de bonbonnes de gaz, qui auraient été jetées dans un feu de poubelle”. Le bilan de la journée fait état de 153 gardés à vues à Mantes-la-Jolie et 190 dans tout le département. Le plus jeune à 12 ans et le plus âgé 20 ans. D’après le quotidien, la plupart des 79 jeunes relâchés sont des mineurs de moins de 16 ans. Cent dix gardes à vues ont été prolongées, et dix-sept devaient être déférés ce matin, dont 16 mineurs.



Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/12/07/actualite/la-video-de-linterpellation-de-lyceens-mantes-la-jolie-provoque-lindignation-collective-111150117/

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Publish date : 2018-12-07 09:55:49

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Procès en appel de Jawad Bendaoud : la parole des victimes

Procès en appel de Jawad Bendaoud : la parole des




Jawad Bendaoud pénètre dans le tribunal du palais de justice de Paris, mercredi 5 décembre, la démarche chaloupée, la mine renfermée. Vêtu de son jogging noir et or qu’il porte depuis le début du procès, il rejoint sur le banc des accusés Youssef Aït Boulahcem, le cousin d’Abdelhamid Abaaoud. Ils comparaissent en appel pour “recel de malfaiteurs terroristes”. Après avoir entendu les inculpés la semaine précédente, le procès donne maintenant la parole aux victimes. Pendant deux jours, les parties civiles pourront prendre la parole, expliquant leurs démarches et leurs préjudices.
La parole des victimes respectée
Des dix parties civiles qui devaient être entendues aujourd’hui, seules cinq se sont présentées. Il leur est alors permis de parler de leurs souffrances, leurs peines et aussi leurs colères. Plusieurs réexaminent les éléments du procès, exposent leurs soupçons et leurs avis. Ces témoignages prennent aux tripes. Les voix qui hésitent, tremblent, s’interrompent pour accélérer davantage, sanglotent ou s’emportent ne laissent personne indifférent dans le tribunal. Seul le président de la cour reste, comme sa fonction l’exige, impassible. Mostefah, dont la fille cadette est aujourd’hui encore en état de choc, s’excuse, il “n’a pas dormi de la nuit”. Pourtant maître de lui au cours de son témoignage, sa voix s’écroule, lorsqu’il nomme sa fille. Il doit s’appuyer à la barre.
Jawad Bendaoud acquiesce, compatissant, lorsque Sarah, dix-huit points d’impact sur le corps, prend la parole. Elle est la seule à ne pas avoir préparé de notes. Elle hésite, multiplie les silences. En quelques phrases, elle raconte : la terrasse où elle était employée, sa journée de 12 heures, le café à apporter, le souffle de la bombe et le membre d’un inconnu qu’elle tient dans sa main en se relevant. Gaétan, le dernier à prendre la parole ce jour, évoque “l’incertitude glaçante et angoissante” qui l’habite, qui les habite tous, depuis les attentats et raconte ce sentiment de peur de savoir, à l’époque, les terroristes en liberté ; “la question n’était pas, dans [son] esprit, de savoir ‘si’, mais ‘quand’”, ils viendraient le tuer, ajoute-t-il.
La mâchoire crispée
Tandis que Youssef Aït Boulhacen, le dos droit, rasé de près, reste muré et impassible depuis le début de la séance, comme indifférent à son propre procès, Jawad Bendaoud reste attentif aux récits qui résonne dans le tribunal. Il surprend par son attitude et l’attention qu’il a porté aux orateurs. Lorsque Martin, “le premier à avoir interjeté appel”, s’emporte contre ces “salopards”, qui ont tué sa fille, Jawad Bendaoud s’étend sur sa chaise, appuie sa tête contre la rambarde du box des avocats, les jambes tendues en avant et les mains dans les poches. Le visage tourné vers le plafond, il ferme les yeux. Parfois, sa mâchoire se crispe.
Puis Martin le prend à partie, dénonce, selon lui, “ses mensonges”, s’indigne de sa mise en scène du procès, en janvier comme aujourd’hui, de ses activités de proxénète et de trafiquant, de son manque de moral. Alors que l’orateur continue de regarder le président de la cour, la seule réaction de Jawad Bendaoud est de se redresser. Il se tourne vers Martin et laisse échapper un rictus, l’air de dire : “tu ne sais pas de quoi tu parles”.
Le quotidien des victimes
Les trois inculpés sont accusés d’avoir, en conscience, donné refuge aux deux terroristes survivants du 13 novembre 2015. Jusqu’au 18 novembre, le jour de l’assaut donné par la police à Saint-Denis, les deux tireurs des terrasses ont ainsi gardé leur capacité de nuire, dans l’esprit des victimes ayant survécu. Afin de montrer que Bendaoud, Boulhacen et Soumah ont une responsabilité dans l’état traumatique qui habite encore les victimes et leurs proches, trois ans après les faits, les avocats des parties civiles et la procureure générale ont fait venir Marie de Jouvencelle, neuropsychiatre experte auprès la cour d’appel de Brest.
Son discours apportant cadre scientifique aux déclarations des victimes est construit. D’un ton calme, qui devient parfois nerveux, elle démontre qu’elle sait où elle va. Les victimes des attentats souffrent, encore aujourd’hui, d’un “état de stress post-traumatique”. Elle les connaît bien, elle qui suit plusieurs d’entre eux. Très pédagogique, elle revient en détail sur les symptômes de cet état, les “événements du passé qui viennent vivre en eux”, la “mémoire traumatique”, qui prend le pas sur une “mémoire épisodique trouée”, la perte de repère et de rationalisation, les crises de panique, le sentiment d’”insécurité intérieur”.
Des plaintes, enfin, entendues
S’ils apportent peu d’éléments au dossier, les témoignages des parties civiles leur offrent un exutoire, un moyen de “comprendre” et d’aller de l’avant en se confrontant à ceux qui ont aidé les bourreaux. La séance s’est déroulée dans l’écoute “des plaintes” et le respect des victimes auxquels appelait l’experte. Cette fois, et c’est heureux, la journée s’est terminé, plus tôt que prévu, sans esclandre de la part des inculpés.



Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/12/06/actualite/proces-en-appel-de-jawad-bendaoud-la-parole-des-victimes-111149487/

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Publish date : 2018-12-06 17:51:33

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